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Si vous stockez toute votre vie numérique chez Google Photos ou iCloud, vous avez peut-être déjà eu ce petit moment de doute. Celui où vous vous dites que, finalement, confier des années de souvenirs à une plateforme sur laquelle vous n’avez aucun contrôle réel, ce n’est peut-être pas l’idée du siècle.
De mon côté, le déclic est venu après avoir lu plusieurs témoignages de personnes ayant perdu l’accès à leur compte Google ou Apple, parfois du jour au lendemain, sans véritable recours possible. Mauvaise carte cadeau, erreur de paiement, algorithme un peu trop zélé… et des milliers de photos envolées.
Je ne suis pas parano, mais je préfère dormir tranquille. Résultat : j’ai décidé de mettre en place une vraie sauvegarde photo locale, chez moi, sur mon NAS, en complément du cloud.
Le matériel : simple, fiable et sans surprise
À la maison, j’utilise un Synology DS225+. Rien d’exotique, mais une machine solide pour ce type d’usage. J’y ai installé deux disques de 4 To en RAID SHR, des WD Red, histoire d’avoir un minimum de tolérance à la panne.
J’ai aussi ajouté une barrette de 16 Go de RAM. Ce n’est pas indispensable pour un NAS “classique”, mais dès qu’on commence à faire tourner des services un peu plus gourmands comme de l’indexation photo ou de la reconnaissance faciale, ça change clairement la donne.
Et parce que je ne crois pas aux sauvegardes uniques, j’ai branché un disque USB externe sur le Synology pour avoir une copie supplémentaire des données importantes. Ce n’est pas du off-site, mais c’est déjà un bon filet de sécurité.
Pourquoi Immich et pas une autre solution
J’ai regardé pas mal de solutions avant de me décider. PhotoPrism, Synology Photos, Nextcloud… Toutes ont leurs qualités, mais Immich coche beaucoup de cases si vous cherchez un équivalent moderne à Google Photos.
Interface rapide, applications mobiles bien pensées, reconnaissance faciale, gestion des albums, timeline fluide… et surtout, une philosophie claire : vos données restent chez vous.
Immich n’est pas un service cloud, c’est une application auto-hébergée. Vous fournissez le stockage, le serveur, les sauvegardes. En échange, vous récupérez le contrôle.
Installation d’Immich sur Synology via Docker
L’installation d’Immich sur Synology ne se fait pas en un clic depuis le Centre de paquets, mais reste parfaitement accessible si vous avez déjà mis les mains dans Docker. De mon côté, je me suis appuyé sur la documentation officielle Immich pour Synology, qui est plutôt bien faite et régulièrement mise à jour.
La première étape consiste à installer Docker (Container Manager) sur le NAS depuis le Centre de paquets Synology. Une fois Docker opérationnel, il faut préparer les dossiers qui accueilleront les données d’Immich : la bibliothèque photo, la base de données et les différents volumes utilisés par les conteneurs.
Immich fonctionne avec une architecture multi-conteneurs. On retrouve notamment :
– un serveur Immich pour l’API et l’interface web
– une base de données PostgreSQL pour stocker les métadonnées
– un service Redis pour la gestion du cache
– un service de machine learning dédié à la reconnaissance faciale et à l’analyse des images
Plutôt que de créer chaque conteneur à la main, la méthode recommandée est d’utiliser un fichier docker-compose.yml. Celui-ci décrit l’ensemble des services, les ports exposés, les volumes persistants et les variables d’environnement nécessaires au bon fonctionnement d’Immich.
Après avoir récupéré le fichier docker-compose fourni par Immich, il faut l’adapter légèrement à son environnement Synology, notamment :
– définir le chemin exact où seront stockées les photos sur le NAS
– configurer les volumes pour PostgreSQL et Redis
– vérifier les ports utilisés pour éviter les conflits avec d’autres services
Une fois le fichier en place, le lancement se fait simplement via Docker, en démarrant la stack complète. Lors du premier démarrage, Immich initialise automatiquement la base de données, prépare les services et attend les premières connexions.
La toute première connexion à l’interface web permet de créer le compte administrateur. À partir de là, l’application est pleinement fonctionnelle : import manuel possible, connexion des applications mobiles, et surtout préparation de l’indexation automatique des photos.
À noter un point important : lors de la première analyse des images et de la reconnaissance faciale, le NAS est fortement sollicité. C’est précisément à ce moment-là que l’ajout de mémoire RAM prend tout son sens. Avec seulement 2 Go, l’opération peut devenir très lente. Avec 16 Go, l’ensemble reste fluide et stable.
Si vous voulez suivre la procédure pas à pas, avec les fichiers à jour et les éventuelles évolutions de configuration, je recommande vraiment de garder la documentation officielle sous la main : guide d’installation Immich sur Synology.
Sauvegarde automatique depuis Android et iPhone
Mon objectif était simple : sauvegarder automatiquement les photos de mon téléphone Android et de l’iPhone de ma femme, sans dépendre uniquement de Google Photos ou iCloud.
Côté Android, l’application Immich fonctionne très bien en tâche de fond. Les photos sont envoyées automatiquement dès que le téléphone est en Wi-Fi, sans avoir besoin d’ouvrir l’application.
Sur iOS, c’est un peu plus contraignant à cause des limitations d’Apple. L’import fonctionne, mais il faut accepter qu’iOS gère agressivement les tâches en arrière-plan. Concrètement, l’application doit être ouverte régulièrement pour assurer une synchronisation complète.
Ce n’est pas parfait, mais une fois les premières grosses importations terminées, les nouvelles photos se synchronisent correctement si l’application est utilisée de temps en temps.
Pour le premier import, j’ai volontairement procédé différemment. On ne parle pas de quelques centaines de photos, mais d’environ 12 000 images côté Android et 34 000 photos et vidéos côté iOS. Plutôt que d’activer immédiatement la sauvegarde automatique sur les applications mobiles, j’ai choisi de lancer des imports manuels par lots. Cela permet de mieux contrôler le flux, d’éviter les blocages côté iOS et de ne pas saturer inutilement le NAS pendant des heures.
En parallèle, sur le Synology, j’ai temporairement désactivé toutes les fonctionnalités gourmandes d’Immich, notamment la reconnaissance faciale, l’analyse IA des images, la génération avancée de métadonnées et les tâches de machine learning. L’objectif était simple : privilégier le transfert brut des fichiers sans demander au NAS de tout analyser en temps réel.
Cette approche a clairement fluidifié l’import massif. Le NAS se concentre uniquement sur la réception et l’écriture des fichiers, sans CPU ni RAM consommés par les traitements intelligents. Une fois l’intégralité des photos importées et vérifiées, j’ai simplement réactivé l’ensemble des fonctionnalités IA. Immich a alors pu lancer tranquillement l’indexation, la reconnaissance faciale et la classification, cette fois sans pression ni risque de saturation.
Performances et indexation : la RAM fait la différence
Avec seulement 2 Go de RAM, l’indexation initiale était clairement laborieuse. Analyse des images, génération des miniatures, reconnaissance faciale… le NAS tirait la langue.
Depuis le passage à 16 Go, c’est le jour et la nuit. Immich est fluide, l’indexation se fait sans bloquer le système et les requêtes sont quasi instantanées.
Si vous envisagez Immich sur un NAS, mon conseil est simple : ne sous-estimez pas la RAM. Le CPU compte, mais la mémoire est clairement le facteur limitant.
Pourquoi je garde quand même Google Photos et iCloud
Attention, je n’ai pas supprimé Google Photos ni iCloud. Ils restent pratiques pour le partage rapide, la recherche instantanée et l’intégration avec l’écosystème mobile.
Immich n’est pas un remplacement brutal, c’est une assurance. Une copie locale, indépendante, que je contrôle. Si un jour un compte est bloqué, supprimé ou inaccessible, mes souvenirs ne disparaîtront pas avec.
Et ça, honnêtement, ça n’a pas de prix.
Auto-hébergement et bon sens numérique
Auto-héberger ses photos, ce n’est pas juste une lubie de barbu sous Linux. C’est une réflexion sur la dépendance aux services tiers et sur la valeur réelle de nos données personnelles.
Avec Immich sur un Synology, on n’est pas sur une solution parfaite ni clé en main, mais sur quelque chose de maîtrisé, transparent et évolutif.
Et quand on a déjà un NAS à la maison, ce serait presque dommage de ne pas l’utiliser pour ça.


